Les 3 Suisses, marque née en 1932 dans le Nord de la France, ont traversé plusieurs décennies comme pilier de la vente par correspondance. Leur catalogue papier a longtemps rivalisé avec celui de La Redoute, autre enseigne roubaisienne. Aujourd’hui, la question de leur existence revient régulièrement : fermetures de boutiques, changements de propriétaire, disparition du catalogue physique. Les 3 Suisses existent encore, mais sous une forme radicalement différente de celle que des millions de Français ont connue.
Du catalogue papier au site e-commerce : ce qui a réellement changé
Le virage numérique des 3 Suisses ne se limite pas à un changement de support. La structure juridique, le périmètre commercial et la logistique ont été entièrement repensés.
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Le catalogue papier, longtemps emblème de la vente par correspondance française, a disparu. Les boutiques physiques ont fermé dans la foulée, mettant fin à toute présence en magasin.
Le site 3suisses.fr reste en activité. On y trouve de la mode, du linge de maison et de la décoration, avec la livraison offerte dès 59 euros d’achat. Un service client par téléphone et messagerie est maintenu. Le site a été élu meilleur site par Capital en 2026, signe d’une reconnaissance dans le paysage e-commerce français.
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Le changement le plus marquant tient à l’échelle. Les 3 Suisses fonctionnent aujourd’hui comme une marque digitale, sans réseau physique, sans les effectifs qui caractérisaient l’ancien groupe. Passer d’un employeur majeur du Nord à une plateforme de vente en ligne, ce n’est pas simplement changer de canal. C’est changer de nature.

Le siège historique de Croix : un patrimoine qui suit une autre trajectoire
L’ancien site Holden à Croix a longtemps été associé aux 3 Suisses. Il ne sert plus de centre opérationnel pour la marque.
Un projet de transformation urbaine prévoit d’y installer des logements, des commerces et un hôtel. Le patrimoine immobilier suit désormais une trajectoire distincte de la marque. Cette dissociation en dit beaucoup sur l’ampleur de la mutation.
Quand un siège historique se transforme en programme immobilier mixte, la question de l’existence des 3 Suisses prend une dimension très concrète. La marque vit sur internet. L’entreprise telle qu’elle fonctionnait, ancrée dans la métropole lilloise avec son tissu industriel et ses emplois locaux, a disparu.
3 Suisses, La Redoute, Damart : des trajectoires voisines mais distinctes
Plusieurs marques roubaisiennes de vente par correspondance ont été confrontées à la montée du e-commerce et à la pression des plateformes internationales. Les 3 Suisses ne sont pas un cas isolé, mais leur trajectoire se distingue sur un point précis.
- La Redoute s’est repositionnée sur la décoration et la mode en ligne, avec un virage digital qui lui a permis de retrouver une activité commerciale soutenue
- Damart a maintenu un réseau de boutiques tout en développant son canal numérique, en restant sur son positionnement textile technique
- Phildar, spécialiste du fil à tricoter, a traversé des difficultés plus profondes, révélant la fragilité de ces modèles historiques face aux mutations du commerce
Ce qui singularise les 3 Suisses, c’est l’abandon total du commerce physique. La Redoute et Damart conservent des points de vente en dur. Les 3 Suisses ont opté pour une existence exclusivement numérique, ce qui allège la structure mais les expose davantage à la concurrence directe des grandes plateformes.

Concurrence des plateformes internationales : une pression constante sur le modèle
L’internationalisation du e-commerce s’accélère. Temu, Shein, Aliexpress, Zalando, Amazon captent une part croissante des achats en ligne dans les catégories mode, maison et décoration. Ce sont exactement les segments où les 3 Suisses se positionnent.
En Suisse, marché où le nom « 3 Suisses » résonne autrement, des analyses récentes montrent qu’Amazon, Temu et Shein figurent parmi les plateformes les plus utilisées. Les enseignes historiques européennes peinent à rivaliser avec la puissance logistique et marketing de ces acteurs, qui investissent massivement en publicité et en acquisition sur les réseaux sociaux.
La survie des 3 Suisses dépend de leur capacité à se différencier sur un marché où le prix bas et la rapidité de livraison sont dictés par des groupes aux ressources incomparables. Le positionnement sur le linge de maison et la décoration, plutôt que sur la fast fashion, peut constituer un créneau défendable. La fidélité d’une base historique de consommateurs français pèse aussi dans la balance.
La question n’est plus tant de savoir si les 3 Suisses existent, mais comment une marque française de vente en ligne, sans magasin et sans catalogue, peut tenir face à des plateformes qui investissent des milliards pour acquérir de nouveaux clients.
Ce que signifie « exister » pour une marque de vente par correspondance en France
Répondre « oui, les 3 Suisses existent encore » est factuellement correct. Le site fonctionne, les commandes sont expédiées, le service client répond. La marque reste active sur les réseaux sociaux, notamment Facebook.
Cette existence mérite d’être mise en perspective. L’entreprise qui employait des milliers de personnes dans le Nord, qui imprimait des catalogues distribués dans des millions de foyers, qui représentait un modèle commercial innovant pour son époque, n’a plus grand-chose en commun avec la plateforme actuelle.
- Le catalogue papier n’existe plus
- Les boutiques physiques ont toutes fermé
- Le siège historique est en reconversion immobilière
- La structure juridique a été entièrement refondue
Les 3 Suisses sont une marque qui a survécu à la disparition de l’entreprise qui l’a créée. Le nom continue de circuler, le site continue de vendre. Ce qui a disparu, c’est le modèle industriel et social qui se trouvait derrière le catalogue.

